Catégorie : Légendes et nouvelles quercynoises (Page 2 of 3)

Cabra

La chèvre blanche – La cabreta blanca

Légende proposée par Sèrgi Rossèl, de Cabrairets.
La Cabreta Blanca de Cabrairet, légende quercynoise imitée du roman du XIV siècle", par Edouard Forestié, (1884) sagèl de la biblioteca de Montalban 1971
Il s'agit d'un ouvrage qui figure dans le fonds ancien de la bibliothèque de Cahors. L'expression "imitée du roman" signifie que l'auteur de la publication a, en 1884, imité la façon d'écrire l'occitan du Moyen-Age, la langue romane ou roman.

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Nous en transcrivons ci-dessous le texte
avec la graphie actuelle de l’occitan.
En l’an mil e tres cent quaranta,
La vèspra del gaug Nadalet,
Jos lo tuc desrocat ont canta
La cavèca de Cabrairet,
Lo Céle en la comba brumava,
E lo temps èra mòlt escur,
Lo troneire al cèl aclapava…
En aquela nuèg de malur,
Lo Sénher de Biro sopava,
Dins la grand sala del castèl,
La cançon de Rotland trobava
Un estranh bèl menestrèl.
En aquela fèsta tan bèla
Foron cavalièrs e donzèls,
E mai d’una gentil donzèla
Fasiá lusir sos negres uèlhs.
La taula èra belcòp ondrada
D’enaps, de gobèls esmalhats,
De vaissèla d’argent daurada,
Plats e cofinèls d’aur talhats.
En los grasals èron becadas,
Galinas, lèbres e cabrits,
Pinhonat, ostias dauradas,
E moras, e rasims confits.
A la nuèch prima, una vasala
Venc a la pòrta del castèl,
E fo menada dins la sala ;
Mandava parlar al donzèl :
«Que vòls-tu, paura filheta ?»
Çò ditz lo Sénher de Biro
«Ma mairina, la Marieta,
«La mai besonha del Biro,
«Auei, de ser, es plan malauta,
«Palaticada de sos braçes,
«E lo servent non farà fauta
«De li prendre, se non pòt pas
«Pagar la talha aquesta prima,
«un tròç de casal arrasat
«Que ten en la darrièira cima
«De la comba del mas d’Arsat.
«Sénher, mandi pietat per ela
«En trabalhant vos pagarai
«Lo dèime de la paura vièlha
«E per vos io Dieu pregarai.»
En aiçí com ditz la paureta.
Ela plorava tot sos uèlhs,
E tremolava aquí soleta
Entre tant de joves donzèls.
Biro se leva de cadièira
E ven per li far un potet,
Li disent a la pregadièira :
«Non crenhes pas, te farai dret.»
Ela lo crei, sa jòia es granda,
E non gausa pas dire : «non»
Mas al bon Dieu se recomanda
Per lo pregar de far perdon.
Lo desleial que vei sa mena,
Amoros, lo sang al cap d’uèlh,
En un petit retrait la mena
De la granda tor del castèl.
Aicí, Biro li ditz : «Marieta,
«te donarai un anèl d’aur,
«un frachís, una centureta,
«per aver de tu, sens paur,
«Alegria, puèi avinensa,
«E puèi amor. De Cabrairet
«Io te farai dòna mestressa
«Se tu vòls ausir mon preg.»
La filheta es mòlt rancurada
Quand lo vei tant encalanat,
E de grand temor alenada,
A genolhs li manda pietat ;
«Sénher, per una onesta filha,
«Mai val lo casal que l’castèl,
«E com ditz ma mairina vièlha
«Presi l’onor mai que l’joièlh.
«L’esquila tinda la primièira
«De la messa de mièja nuèch :
«Laissatz m’anar, que soi tardièira,
«Me cal montar entrò al puèg.»
Lo trafar ritz de sa demanda…
Adonc Marieta, pregant Dieu,
Per la fenèstra qu’ela alanda,
Montant s’avalitz dins lo riu !…
Lo Céle en la comba brumava,
E lo temps èra mòlt escur…
Mas Nòstre Sénher, que velhava,
En aquela nuèch de malur,
Mandèt dos ángels en la tèrra,
Que portèron son arma al cèl…
Biro fo nafrat a la guèrra,
Al cap d’an, dejós son castèl.
Òm vei, despuèi, una cabreta,
Blanca coma un petit anhèl,
Que, desconorta, pais l’erbeta,
Es l’arma de Biro l’crudèl,
Que deu montar a la nuèch prima ,
La vèspra del gaug Nadalet
Entrò cinc cents ans a la cima
Del puèg agut de Cabrairet.
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Adaptation en français, dépourvue de prétention littéraire, destinée à éclairer le sens pour les lecteurs qui ignorent l’occitan écrit : Légende de la chèvre blanche

Voici maintenant des extraits du spectacle son et lumière « La légende de la chèvre blanche » qui est réalisé par les habitants de Cabrerets dans les ruines du château du diable, au pied de la falaise, le long du Célé, chaque année depuis 1996 à l’occasion de la fête locale. Jouée en français et à plusieurs voix, cette version fournit une adaptation du texte occitan dont nous ne donnons pas la traduction mot à mot.
Les murs parlent, Ecoutez leur voix,
Elle évoque la mémoire des seigneurs de Cabrerets.
– Mon nom est Waïffre, duc d’Aquitaine. J’ai construit ce château en l’an de grâce 745.
Ma forteresse mesurait alors 90 m de long sur 30 m de hauteur, avec des murailles de plus de six pieds d’épaisseur. Elle était flanquée de deux tours carrées.
Sur la falaise, j’avais fait peindre un dragon, un diable rouge qui vomissait des flammes sur les assaillants.
Pour avoir combattu pour l’indépendance de l’Aquitaine, je fus mis à mort par Pépin le Bref en l’an de grâce 768.
Oyez, oyez, bonnes gens, ce qui se passa en ces temps là, la nuit de Noël de l’an de grâce 745.
Dans la plus grande salle, illuminée par les flammes ardentes de l’énorme cheminée, le seigneur faisait ripaille avec ses chevaliers, ses vassaux et ses compagnons d’armes.
Tous étaient revêtus de leurs plus riches parures. Les plats étaient en or et les coupes ciselées. L’air résonnait de rires et de badinages.
Soudain la grande porte s’ouvrit.
Un archer parut, poussant devant lui une jeune bergère. Elle est vêtue de toile grossière, ses mains sont calleuses et ses pieds nus.
C’est une fille de serf, mais elle est belle. Sous les hardes, on devine un corps parfait. A sa vue, il se fait un grand silence.
Frappé par son charme, le seigneur lui parle ainsi :
– Oh, Oh ! que veux-tu, belle enfant ? Que puis-je faire pour toi, approche, approche, que l’on te voie mieux !
– Je demande secours pour ma grand-mère, la Jeanneton, qui est paralysée et mourra de faim si vous ne l’aidez !
– J’aiderai la vieille et te couvrirai de bijoux si tu veux bien être ma maîtresse et celle de Cabrerets !
Le seigneur s’approche de Mariette. La pauvre fille devine son intention, inspirée par le diable du lieu. Elle veut s’enfuir, mais la porte est fermée.
Alors, tandis que les convives rient grossièrement, elle bondit vers la fenêtre et se jette dans les eaux glacées et tumultueuses du Célé.
Dans le silence revenu, on entendit un faible cri :
– Jésus, Marie…
Puis la rivière se referma sur la douce Mariette. Son corps ne fut jamais retrouvé.
On dit que, la nuit même, deux anges furent envoyés par Dieu pour conduire au ciel l’âme pure de la bergère.
Le lendemain, toute la contrée fut couverte d’ennemis. Le château fut assiégé par des hordes venues d’on ne sait où.
Le seigneur vit périr tous ses guerriers et ses gardes. Il vit sa forteresse brûler et tomber en ruine.
Dans les campagnes environnantes, ce n’était que terreur et désolation.
Frappé à mort, le seigneur connut le même sort que la bergère : on jeta son corps dans le Célé.
Le diable hante désormais les ruines de la forteresse. D’aucuns y voient l’ombre du seigneur qui périt si misérablement il y a bien des siècles.
Mais depuis lors, en ces lieux, par les nuits de pleine lune, si d’aventure vous vous promenez le long du Célé, vous apercevrez parfois, tout en haut, dans les rochers, une chevrette blanche se détachant sur l’arête.
On ne sait où elle va. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle est blanche et que nul ne peut s’en approcher.
C’est, disaient nos pères, l’âme de Mariette, à qui Dieu permet chaque année de revoir les lieux d’où elle s’est envolée, un soir de Noël.

Commentaires : On notera, chose normale dans les légendes, des différences entre les deux versions :
 dans celle en occitan, le seigneur est "Biron", alors que ce nom n'apparaît que bien plus tard, au XVI° siècle, et encore à propos d'un autre château de Cabrerets ;
 en occitan, la chèvre incarne l'âme en peine du seigneur, et non celle de la jeune-fille.
En outre, il faut ajouter que cette légende, comme beaucoup d'autres, est assez répandue et connue en d'autres lieux sous des formes variables. En particulier, pas très loin de Cabrerets, celle du saut de la monina.
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padirac

Saint Martin et le Diable

Il fait nuit noire sur le causse.
Saint Martin, découragé de n’avoir trouvé âme qui vive susceptible de monter tout droit au Paradis, chevauche tristement sa vieille mule.
Soudain, au bord d’un gouffre, apparait Satan, ricanant, la besace pleine d’âmes de quercynois damnés. S’apercevant que Saint Martin, lui, a les mains vides, il propose un marché à Saint Martin outré – « On ne pactise pas avec le diable. » répond ce dernier, et n’écoutant que son courage, le saint homme éperonne sa mule et, d’un bond prodigieux franchit le gouffre.
De saisissement, Satan, déséquilibré, disparaît dans les profondeurs de l’abîme, tandis que Saint Martin s’éloigne tranquillement dans la nuit du Causse. On peut encore voir, dit-on, l’empreinte du sabot de la mule sur la roche au bord du gouffre !
Est-ce réellement à Padirac ? Il y a tant de gouffres dans le Quercy …

Manoir de Mordesson

La légende de Bertheline de Mordesson

Texte publié en 1942 à Saïgon dans « l’écho d’extrême-orient » Yves Desjeux
 » Sur la verte colline, en un vol de batailles,
Le vieux Manoir, jadis, a connu les fureurs ;
Les cris des chevaliers, et le sang des entailles,
Ont rougi ses vieux murs, de leurs rouges clameurs.
Joseph de Salvagnac
 
Lorsqu’il mourut, aux environs de 1360, Guarin de Castelnau, seigneur de Gramat, Loubressac, Lavergne, Prangères et autres lieux, laissait pour unique héritière une jeune fille de 18 ans répondant au nom de Bertheline. Pour supporter les charges d’une si vaste seigneurie Bertheline dut ajouter à la beauté et à la noblesse de sa naissance, les qualités de courage et d’audace qui font l’honneur du sexe fort . Les temps étaient durs ; l’anglais ravageait la Guyenne et le Quercy et les troupes de Jehan Chandos traînaient le massacre et le pillage sur leurs traces.
A la sombre forteresse de Castelnau, aux cinq puissantes tours de son château de Gramat, Bertheline préférait les agréments plus champêtres de sa baronnie de Prangères. Là, parmi les bois de châtaigniers, sur les hauteurs qui dominent le petit lac et d’où la vue s’étend très loin vers la cité de Gramat, les baronnies de Lavergne et Bio, et vers le couchant jusqu’aux gorges de l’Alzou et au-delà de Notre Dame de Rocamadour, Guarin de Castelnau avait fait construire le manoir de Mordesson.
C’était un rude homme le vieux Guarin. Mais les délicatesses de l’amour paternel et le sens du beau se rencontrent aussi chez les âmes rudes. Rien n’avait était négligé à Mordesson pour que l’enfance de Bertheline fut ensoleillée et charmée de tout ce que la nature et l’industrie des hommes peuvent apporter de beauté et de douceur de vivre. Aussi la jeune fille y passait-elle tout le temps que lui laissait l’administration de son vaste domaine.
Bertheline ne connut pas ces difficultés qui font trop souvent le malheur des dynasties quand les charges viennent à en retomber sur des épaules trop faibles. On se souvenait des vertus du vieux Guarin et l’on conservait à son héritière, la même fidélité loyale, avec, en plus, l’admiration que l’on a pour une jolie fille, douce et bonne. Jamais le grand et bel Amaury de Valon, seigneur de Lavergne et de Thégras, ni Jehan de Miers , que l’on appelait  » le brave « , ni Amidieu de La Rocque, réputé pour son exquise courtoisie, jamais cette fleur de la chevalerie n’eut voulu profiter de ces circonstances pour briguer un pouvoir tombé aux mains d’une femme ; ils se fussent crus déshonorés et malheur à quiconque oserait porter la main sur leur charmante suzeraine, car leurs épées et leur sang étaient garants de leur loyauté.
C’est pourquoi dans cet après-midi de juin 1369 ils étaient réunis à Mordesson, dans la salle du Conseil, autour de la robe blanche de Bertheline. On avait signalé dans la région l’approche des anglais, et toutes les forteresses de la seigneurie étaient garnies d’hommes d’armes. Mais c’était sur Mordesson que se dirigeait Jehan Péhautier capitaine de cinquante lances, parce que le château n’ayant pas de remparts, il pouvait s’emparer facilement de l’héritière de Guarin de Castelnau. Bertheline s’entretenait avec chacun comme un chef et comme un ami. Amaury de Valon, Jehan de Miers et quelques autres seigneurs renouvelaient leurs serments de loyaux services ; mais nul n’espérait autre chose que porter haut sa bravoure et son honneur, car ils savaient le cœur de Bertheline promis au jeune vaillant Bertrand de Terride, puissant en Périgord.
Il y avait aussi, près de leur suzeraine, les consuls de Grandes : Jean Cornilh, Jean de Merle, puis Hugues Orliac qui portait un jeune taureau sur ses épaules aux fêtes de la dîme, Bénédict Lafont, Bartolomé Darnis réputé pour sa connaissance des coutumes et des lois romaines, et enfin Antoine Bergonhos dont la richesse était l’occasion d’un proverbe. Tous étaient là, près de Bertheline parce que la vie, l’indépendance et la fortune de tous étaient en cause.
– Madame, dit Amaury de Valon, si vous le permettez, nous chanterons la chanson du Chêne et du Gui.
Bertheline rougit légèrement, car la chanson était d’elle. Les vois fortes et timbrées se mêlèrent à la sienne , et la mélodie jaillissait cristalline et fraîche comme les sources de l’Alzou , car, comme elles, elle s’exhalait du terroir.
 » L’ennemi ! Voilà l’ennemi !  » Le guetteur descendit de la tour ; il avait vu les cinquante lances de Jehan de Préhautier étinceler sur les glèbes du Causse-Nu, et l’on entendait les truands crier de joie dans l’espoir d’un triomphe facile. Mordesson n’avait pas de remparts.
Déjà Jehan Préhautier, le fer au poing avait pénétré dans la salle du Conseil, laissant sa horde dans la cour intérieure
 » – Quel est le Maître de céans ?  » rugit-il ! .
La jeune fille s’avança :
 » – Je suis Bertheline de Mordesson, seule héritière de Guarin de Castelnau. Que me voulez-vous ?
Le soudard perdit sa morgue. Le charme d’une femme est une arme redoutable pour les plus fiers soldats, parce qu’ils n’en rencontrent pas souvent sur leur chemin. Mais Jehan de Préhautier rêva d’une aventure singulière : sa voix rude prit des intonations plus douces et refoulant les injures qu’il s’apprêtait à dire, le routier chercha des termes dont il n’était pas coutumier :
 » – Je suis Jehan Préhautier, dit-il, capitaine de cinquante lances pour très haut et très puissant seigneur Jehan Chandos La valeur de ceux qui combattent sous la bannière de messire Saint Georges n’est plus à dire et l’on sait quelles ruines ensevelissent à cette heure ceux qui leur ont résisté. Mais c’est un autre sentiment que j’apporte dans cette enceinte.
Ce cœur qui ne frémit jamais dans les plus terribles rencontres, je le dépose à vos pieds, Madame, et pour peu que vous l’acceptiez, les gens d’armes qui vous défendent compteront cinquante lances de plus dans votre parti.  »
 » – Vous outragez, capitaine ! La fille de Guarin de Castelnau ne donnera pas sa main à un coureur d’aventures qui n’a de sang à son blason que celui de victimes innocentes.
Vous ignorez sans doute que le sang des Castelnau s’est mêlé à celui du Roi des Cieux en coulant aussi sur la Terre Sainte ! C’est là qu’il a gagné ses titres de noblesse. Et vous, capitaine, de combien de quartiers s’honore votre maison ?  »
Jehan Préhautier blêmit. C’était lui rappeler qu’il n’était qu’un capitaine d’aventure et que jamais le crime pour lui ne s’était distingué de la geste. Il voulu prouver qu’il connaissait aussi les bonnes manières de la chevalerie :
 » – Votre injure appelle vengeance, Madame. Désignez donc parmi les vôtres , celui qui m’en rendra raison  »
 » – Mes partisans sont de bonne lignée, capitaine, et nul ne dérogera. N’attendez donc point les honneurs d’un combat singulier avec un sang plus noble que le votre.  »
 » – Çà , Madame, vous m ‘en rendrez compte vous-même ! Je veux vous enfermer dans les prisons de votre château !  »
 » – Il n’est point de prisons à Mordesson, capitaine. Sans doute en eut-on construit si l’on avait songé qu’un capitaine de mauvaise rencontre s’aviserait un jour de tenir ici le langage d’un truand.  »
 » – Vous m’outragez encore, dit Jehan Préhautier au comble de la rage, mais prenez garde qui si truand suis, ne porte la main sur vous !  »
 » – Vous m’avez outragée d’abord, capitaine, réclamant ma main pour prix de votre trahison. Mais ce n’est pas un tel paiement qu’il faut aux gens de votre espèce : c’est trente deniers.  »
Jean Préhautier se fut lancé sur elle. Mais déjà Amaury de Valon levait son épée. Préhautier prit du champ :
 » – A moi compagnons, cria-t-il, et mort de sang !  »
Les truands se ruèrent dans l’enceinte, et les paisibles murailles du plus pacifique des castels, résonnèrent du tumulte des grands combats. Les injures des soudards se mêlaient aux défis des chevaliers, les épées s’entrechoquaient avec les masses d’armes, les pertuisanes recherchaient les défauts des cuirasses et les fentes des bassinets, et sur les tapisseries faites pour la joie des regards, le sang des hommes se mêla aux riches couleurs de l’art.
Bertheline, derrière le rempart des poitrines loyales, était agenouillée devant une effigie de Notre Dame de Roc Amadour :
 » – Bonne Dame, disait-elle, voyez ici combatre vos gentils seigneurs : Amaury de Valon qui richement dota le sanctuaire et Jehan de Miers qui prit la bannière des pèlerins et Amidieu de La Rocque qui bellement chante le cantique à l’office de la Mère-Dieu. Bonne Dame soyez en leur garde.  »
Maître Jehan Cornilh qui est sage et de bon conseil s’approcha d’elle :
 » Madame, dit-il, il convient fuir ! Quand truands sont plus de trois pour un, oncques chevalier ne l’emporte. Il convient fuir, Madame, pour le salut de votre baronnie !  »
 » – Fuir, Maître Cornilh ? Les Castelnau ont quelques fois péri sous le nombre, mais jamais montré le dos !  »
 » – Votre vie n’est point votre, Madame, reprit sévèrement Jehan Cornilh. Vous la devez à votre baronnie. Il convient fuir, que je vous dis !  »
Bertheline fit un grand signe de croix sur Maître Cornilh. Mais il ne disparut pas avec cette odeur de souffre qui caractérise les créatures du Malin et Bertheline comprit alors qu’il était de bon conseil. Elle disparut par la petite porte de la tour, sortit du Manoir, par la poterne qui n’était point gardée et s’enfuit par le sentier du lac.
 » – Messire, dit un truand à Jehan Préhautier, la Dame de céans s’est échappée par la poterne !  »
 » – Mort de sang, hurla le capitaine ; en selle compagnons et rattrapons-la ou j’y perdrais mon âme ! Mort de sang, mort de sang !  »
La poursuite fut infernale. Le sentier qui conduit au lac, à peine large pour Bertheline, fut le tombeau d’un grand nombre. Les cavaliers se heurtaient dans le torrent de la chevauchée, se brisant entre eux, tombant sous le flot des bêtes ou se broyant contre le tronc des chênes. Les injures se mêlaient aux cris désespérés, les blasphèmes et les hurlements se noyaient dans le fracas des cuirasses.
 » Mort de sang ! Mort de sang !  » hurlait Péhautier, mais le sang ruisselait des siens et la mort planait sur lui-même.
Légère comme les biches de la forêt, adroite comme elles, Bertheline avait gagné le lac quand les truands étaient à peine en selle. Là, à l’orée du chemin de Darnis, elle se heurte à l’Archange Saint Michel. Du moins, elle le crut, tant la splendeur du blanc cheval d’armes n’avait de comparable que l’éclatante armure du chevalier.
 » Voilà, pensa-t-elle l’archange des combats que m’envoie Notre Dame de Roc Amadour..  »
Sans mot dire le beau chevalier l’enleva de terre et la plaçant en croupe, piqua des deux en direction de Roc Amadour. A peu de distance le vacarme des poursuivants faisait trembler la forêt. Les imprécations de Jehan Préhautier parvenaient aux oreilles des fugitifs, mais le cheval de l’archange bondissait comme dans les miracles, rapide et léger comme le cheval de Dieu.
On traversa Darnis, puis Saint Germain de Rignac dont le moutier abrite des Saints, puis l’on s’engagea dans le petit sentier rocailleux qui mène à la Roque du Souci. Tout à coup Bertheline se rappela le gouffre sans fond vers lequel ils allaient tout droit et sa frayeur était grande. Mais un archange ne périt pas comme un simple mortel et sa Foi était encore plus grande que sa frayeur. Le blanc cheval galopait, museaux fumants, étincelant des quatre fers à l’allure du vertige et fonçait droit vers l’abîme.
Le cavalier céleste se signa en piquant des deux, le cheval s’envola dans les airs pour retomber de l’autre coté du précipice laissant l’empreinte de ses sabots dans la pierre. Et Bertheline sut que Madame Marie l’avait en garde. Mais emporté dans la violence de la chevauchée, Jean Préhautier et ce qui restait de ses cinquante lances furent se briser dans la Roque du Souci dans un tumulte effroyable d’os broyés et de blasphèmes.  » Mort de sang ! Mort de sang ! criaient-ils encore ; mais déjà avec leurs voix leurs âmes se perdaient en Enfer !
Les fugitifs, miraculeusement sauvés s’étaient arrêtés pour remercier Notre Dame de Roc Amadour Le chevalier sauveur souleva la visière de son heaume et Bertheline poussa un cri…
 » – Bertrand ! C’était vous ! Oh ! Bertrand !…
 » – Oui, Madame, c’est bien moi Bertrand de Terride qui loue le Ciel parce qu’il ma donné en vous sauvant la vie, de mériter ce cœur que vous m’avez promis. En apprenant que l’anglais ravageait les plateaux du Quercy, sans plus tarder suis venu car vous étiez en grand danger et perte certaine. Et m’en voyez heureux , Madame, comme oncque chevalier de bon encontre ne put l’être jamais !  »
Arrivés à Roc Amadour les deux jouvenceaux s’en allèrent trouver Madame Marie en son sanctuaire, et prièrent longuement. Belle était leur prière et leurs voix montaient le long du rocher béni vers la Vierge Noire , au milieu de la fumée des cierges et de l’odeur de l’encens. Messire Rogier de la Roque qui est premier chapelain de Notre Dame en son sanctuaire de Roc Amadour, entra dans la chapelle.
 » – Messire, dit Bertheline, voici Bertrand de Terride que je choisis comme époux devant Dieu.  »
 » – Messire, dit Bertrand de Terride, voici Bertheline de Castelnau que je choisi comme épouse devant Dieu.  »
 » – Soyez unis !  » répondit Messire Rogier de la Roque, premier chapelain de Notre Dame, en son sanctuaire de Roc Amadour.
Et cela se passait un jour de juin 1369.
Cette légende a été rapportée au début du siècle dernier par l’Abbé Bargues, curé de Prangères, à Yves Desjeux qui l’a transcrite pour sa pérennité.
 

LA CHANSON DU CHÊNE ET DU GUI .

Elle tremblait, la terre
Quand marchaient nos aïeux
Ils n’aimaient que la guerre
Ne craignaient que les cieux.
A Rome désarmée
Ils dictèrent les lois
En y jetant le poids
De leur vaillante épée.
Vaincus parfois, pour l’esclavage,
Non, jamais ! ils ne furent prêts.
Pour échapper à cet outrage
Allant dans leurs sombres forêts
Fer en main ils touchaient l’emblème.
De leur rude pas
Ils volaient de nouveau dans les combats suprêmes,
Pour n’être point soumis.
Qui donc leur forgerait leurs chaînes
A ces fils du Quercy ?
Ils étaient forts comme leurs chênes.
Et toujours verts comme leur gui !
César, aux lois de Rome
Voulut nous asservir,
Mais la Gaule eut un homme
Et qui savait mourir !
Héroïque Luctère
Redouté du vainqueur
Entends la Gaule entière
Te dire avec son cœur
La mort ! mais non pas l’esclavage !
Pour lui nous ne sommes pas prêts
Pour échapper à cet outrage
Allons dans nos sombres forêts
Là, nous contemplerons l’emblème
De notre fier pays.
Nous mourons s’il le faut dans les combats suprêmes
Pour n’être pas soumis.
César nous forgerait des chaînes
A nous , fils du Quercy !
Nous sommes forts comme des chênes
Et toujours verts comme leur gui !
Aujourd’hui, l’Angleterre
Veut te donner sa loi,
Et pense par la guerre
Avoir raison de toi.
De toi, terre des braves
De toi ,terre des forts !
Ah ! brise ses entraves
Affronte mille morts.
Oui ! la mort ! jamais l’esclavage
Pour lui nous ne sommes pas prêts !
Pour échapper à cet outrage,
Allons dans nos sombres forêts.
Là, serrant dans nos bras l’emblème
De notre cher pays
Nous mourrons s’il le faut dans les combats suprêmes,
Pour n’être pas soumis.
L’Anglais nous forgerait des chaînes,
A nous fils du Quercy !
Nous sommes forts comme nos chaînes,
Et toujours verts comme leur gui !

Le hameau de Toulousque

Je tiens de ma grand mère de Mercuès, décédée en 1967, et qui habitait la maison que j’habite maintenant, une légende sur ce hameau perdu entre Bouydou et Mercuès. Il avait nom : Toulousque ; il comptait une quarantaine de maisons ; aujourd’hui, ce ne sont plus que des ruines, vestiges d’un village abandonné, déserté par des habitants ruinés par la crise du philoxera.
C’est actuellement une très jolie promenande à faire à pied en partant au niveau de la D911 sous le château après les arcades, et qui rejoint Bouydou et Auzole. Auparavant, ce fut un hameau florissant où la vie était douce et les vignes prospères. On pouvait y fêter Noël en famille, à la chaleur d’un bon feu, à la lumière des bougies.
Voici la légende que me contait ma grand-mère : Par un soir de noël, très froid et étoilé, quand toutes les maisons de Toulousque brillaient de mille feux et que leurs occupants dégustaient dans la joie, les plats chauds et fumants du réveillon quercynois, un pauvre mendiant, transi et fatigué, s’en vint frapper à l’huis de ces foyers heureux.
A chaque porte close, il répéta humblement sa prière :
– « Ayez pitié ! Ne me refusez pas le vivre et le couvert en cette nuit de Noël ! Il fait si froid dehors. »
En vain supplia-t-il, gémit-il, pleura-t-il ; nulle porte deavnt lui ne s’ouvrit à ses cris. Pas un être vivant n’eut pitié.
Frissonnant, désespéré, il chercha la chapelle ; la porte était fermée. Alors, il se laissa tomber sur les marches du porche, maudissant dans la nuit, le village et tous ses habitants. On retrouva, au matin, son corps gelé et recroquevillé.
Commencèrent alors les malheurs du hameau de Toulousque. Un mal mystérieux s’y répandit qui décima petit à petit la population. Plus personne ne voulut venir habiter ce village maudit.
Et si, le soir de Noël, aux alentours de minuit, vous montez à Toulousque, vous pourrez, parait-il, entendre le mendiant supplier, pleurer et gémir en demandant de l’aide.
Légende rapportée par un habitant de Mercuès

L'ouysse

La fée de la rivière Ouysse

Un cheval, un jeune et beau cavalier sifflotant sur le chemin de Thémines, voilà comment commence mon histoire. Une vieille « fatsilière », noire et ridée, une de ces antiques fées gauloises, l’arrête en saisissant la bride de son cheval. La vieille réclame un baiser.
– « Ne la contrarions pas », se dit le chevalier. Il en est aussitôt récompensé car la vieille fée satisfaite lui tend alors une superbe turquoise.
– « Donne-la à la dame de tes pensées et quand tu seras en danger, la pierre pâlira et conduira ta mie, saine et sauve, là où tu seras. »
Le chevalier des Arnis, puisque tel est son nom, s’empressa d’obéir à la « fatsilière » bienfaisante et passa la bague au doigt de sa fiancée Gayette.A quelques temps de là, par un chaud après-midi d’été, il voulut se désaltérer dans les eaux fraîches et limpides de la rivière Ouysse. C’est alors qu’une force inconnue l’entraîna vers le fond et qu’il se trouva bientôt au milieu d’ondines forts jolies entourant un trône où siégeait la plus belle d’entre elles.
– « Je suis la fée de l’Ouysse » dit-elle.
– « Tu es mon prisonnier ; à moins que tu ne me donnes un baiser, qui, seul, pourra rompre le sortilège qui me tient enfermée ici. »
– « Dame, je ne trahirai pas ma mie ! »
– « Eh bien ! qu’on l’enferme ! »
Et le chevalier se retrouva au fond d’une prison sombre et humide. C’est alors, qu’au doigt de son amie, la turquoise pâlit et qu’une force magique la guide vers la rivière puis l’entraîne jusqu’au fond. A sa vue, la fée de l’Ouysse entre dans une violente colère et, comme la jeune fille ose lui réclamer son fiancé, elle la fait jeter avec lui au fond du même cachot. Il faut vous dire que cette fée de l’Ouysse, malgré sa très grande beauté, était une mauvaise fée punie par la reine des fées, pour avoir usé de ses pouvoirs fort méchamment.
Elle avait, en effet, causé la mort d’un jeune homme et de sa fiancée parce qu’il avait osé dédaigner son amour. Depuis, la reine des fées la tenait enfermée sous l’eau, sans voir le jour, aussi sa colère était-elle grande et ne laissait place à aucune pitié pour les deux jeunes gens. Ceux-ci, persuadés qu’ils ne pourraient l’infléchir, entreprirent de s’enfuir de leur sombre cachot ; mais en vain ; la méchante fée les rattrapa et lance au poing voulut tuer le chevalier désarmé. Mais, sa fiancée, courageusement, s’interposa. La fée, stupéfaite, d’un tel courage, attendrie par cette preuve d’amour, lâcha sa lance. Le chevalier, soulagé, heureux qu’elle ait ainsi épargné son amie, lui donna aussitôt un baiser spontané et reconnaissant.
Le maléfice avait pris fin ; la pitié avait pénétré dans le coeur de la fée de l’Ouysse qui pouvait enfin ressortir à l’air libre, jurant qu’elle ne recommencerait jamais, tandis que les jeunes gens, heureux, s’en allaient vers leur bonheur terrestre.

Epée de Rocamadour

L'épée de Rocamadour

C’est dans la geste du roi, composée au Xième siècle, que l’on retrouve la «chanson de Roland».
Ami d’Olivier, frère de sa fiancée la belle Aude, Roland est comte de la Marche de Bretagne, et surtout neveu de Charlemagne.
Quand ce dernier passe les Pyrénées pour aller lutter contre les Sarrasins en Navarre, Roland commande l’arrière garde qu’attaquent les Sarrasins au col de Ronceveaux, suite à la trahison de Ganelon.
Roland et ses hommes résistent jusqu’au dernier. Blessé à mort, il sonne enfin dans son olifant, appelant Charlemagne à son secours.
La légende veut que Roland ait aussi tenté de casser sur un rocher son épée Durandal pour qu’elle ne tombe pas aux mains des Sarrasins, mais c’est le rocher qui se brisa.
La légende raconte que Roland ne réussissant pas à briser son épée Durandal, pria l’archange Saint Michel de l’aider à la soustraire aux infidèles.
Roland la lança de toutes ses forces vers la vallée.
Durandal traversant les airs sur des kilomètres, vint se planter dans le rocher du sanctuaire de Rocamadour.
Elle y est encore, vieille et rouillée , fichée au dessus de la porte de la chapelle Notre Dame

La truffe

L’omelette

Non ce n’est pas une recette, mais bien un conte du Quercy qui va vous expliquer l’origine de la découverte de la truffe.
Dans les champs d’une ferme du Quercy Blanc entre Lalbenque et Concots, une pauvre orpheline pleure un impossible amour pour le Prince d’Aquitaine qui en tombe malade. Quand, soudain, son attention est attirée par une jolie petite mouche, colorée et agile, qui s’affaire dans l’herbe rase du Causse. Intéressée, elle la suit dans ses pérégrinations.
« Que peut-elle bien chercher ? », pense-t-elle tout haut. Et, ô miracle ! La mouche-fée répond :
« La perle noire du Causse, la truffe, mon enfant. Gratte ; elle est là. »
TruffeEt la jeune fille met au jour une superbe truffe, odorante à souhait, qu’elle s’empresse, sur les conseils de la fée, d’aller cuisiner.
Et, c’est une superbe omelette aux truffes, appétissante et dégageant un subtil parfum, que l’orpheline peut alors présenter au prince malade et triste qui retrouve aussitôt appétit et santé.
« Jeune fille, tu me rends la vie. Veux-tu bien m’épouser ? »
« Sûrement, noble Sire, c’est mon voeu le plus cher, mais je suis pauvre et orpheline. »
« Qu’à cela ne tienne, je suis riche pour deux. »
Ils se marièrent, ils furent heureux et bien sûr, ils eurent beaucoup d’enfants …

Les origines de la truffe version Martel

Vous pensez bien qu’il a fallu un fameux coup de baguette magique pour faire jaillir de la terre ingrate du Causse, ce diamant noir qu’est la truffe.
Il faut se reporter loin en arrière ; du temps où, dans les chaumières Quercynoises, on devait se contenter comme repas, l’hiver venu, de quelques châtaignes.
C’est ainsi qu’un soir, froid et pluvieux, dans une chaumière caussenarde, près de Martel, un pauvre paysan regardait tristement ses enfants, malingres et chétifs, jouer sagement devant l’âtre, tandis que sa femme, déjà ridée et épuisée par les rudes travaux des champs, ravaudait leurs vêtements usés.
Un coup bref, frappé à la porte, le fit sursauter et plus encore le fait que la porte s’ouvrit d’elle-même et qu’une vieille femme, courbée sur un bâton, grelottante et édentée, demanda humblement l’hospitalité.
L’homme se leva vivement, fit entrer la vieille femme et referma la porte.
« Entrez vous mettre au chaud, bonne vieille, mais la chère sera maigre ; nous n’avons que des châtaignes à partager avec vous ce soir. »
« Vous n’avez que des châtaignes, mais un grand coeur, dit la vieille ; aussi je veux vous aider. Voici quelques graines. Semez-les dès le printemps au pied de vos chênes. A l’automne, vous pourrez alors récolter un champignon odorant et savoureux qui fera votre richesse, car je ne le donne qu’à vous. Prenez-en grand soin ! ».
truffeEt la vieille disparut dans une pluie d’étincelles.
Le brave homme fit tout ce que la fée – car c’en était une évidemment – avait ordonné et , à l’automne suivant, il eut une magnifique récolte : de gros champignons noirs, ronds comme des oeufs et dégageant un parfum exquis. La truffe était née !
Et avec elle, richesse et prospérité régnèrent bientôt dans le village car le paysan n’avait rien perdu de sa bonté, même s’il était devenu riche et avait pu s’offrir terres et château alentour. Hélas ! Il n’en fut pas de même pour ses enfants qui n’héritèrent que de sa fortune, pas de sa bonté. Détestés des villageois, avares et cupides, ils osèrent refuser, un soir d’hiver, l’hospitalité à une pauvre vieille, épuisée et transie.
C’était la bonne fée que leurs parents avaient si bien reçue du temps de leur pauvreté. La porte du château étant restée fermée à ses prières, elle leva son bâton et fit disparaître la fière demeure tandis que les châtelains étaient changés en truies.
Et, c’est depuis ce jour-là, qu’on ramasse les truffes, sur le Causse de Martel, à l’aide de truies, aujourd’hui, cependant, bien souvent remplacées par des chiens.

Lac de St Namphaise

La légende de St Namphaise

Selon la tradition, Saint Namphaise apparaît en Quercy à la fin du 8e siècle. C’est alors un preux guerrier, un compagnon de Charlemagne qui, lassé de la guerre et de ses massacres, a décidé de se retirer en religion et de devenir ermite. Venu dans le Quercy, il cherche alors dans les vastes solitudes boisées un lieu propice à la méditation et à la prière. Il le trouve d’abord à Lantouy, près de la vallée du Lot où il fonde un monastère, mais très vite sa popularité l’accable et il abandonne les lieux.
Un couvent de religieuses lui succédera qui aura un destin tragique : les nonnes tombent dans le paganisme et sacrifient des enfants aux dieux des abîmes. Le couvent est rasé et les nones dispersées. Saint Namphaise séjourne alors au monastère de Marcilhac, dans la vallée du Celé, mais, d’où il s’enfuit en quête d’une plus grande solitude. Il la trouvera sur les hauteurs de Quissac, dans une grotte, près d’une petite colline nommée l’ouradour qui sans doute est une déformation du mot latin oratorium : petite chapelle.
Là, dans les solitudes ventées et surchauffées du Causse, il trouve sa voie qui le réconcilie avec les hommes : il va creuser des lacs. C’est en effet à lui que la tradition attribue l’origine de ces centaines de bassins, de tailles et de profondeurs diverses, qui parsèment le Causse. Saint Namphaise vieillit lentement, devenu le patron des bergers et des troupeaux. Jusqu’au jour où sa route croisa un taureau furieux. Ce dernier chargea et Saint Namphaise n’eut que le temps de jeter le plus loin possible son marteau de mineur. Il tomba à Caniac, la paroisse voisine, où on éleva une église pour recueillir la dépouille de l’ermite. Saint Namphaise y repose toujours dans la crypte et guérit les épilepsies pour peu que l’on passe à genoux sous les piliers de son tombeau.

Ecuelle de Capdenac

L'écuelle de Capdenac

« J’ai insisté pour que cet article, soit publié, d’une part à cause du symbolisme chrétien, dont l’écuelle constitue un précieux témoignage, et aussi pour l’éclairage qu’elle apporte sur la présence des Cathares à Capdenac. »  Danielle PORTES Historienne des religions  Paris IV-Sorbonne
C’est au début des années 1990, que fut retrouvée à l’occasion de travaux de réfection des rues de Capdenac le haut, une très jolie écuelle, qui porte en son fond en ornement, un poisson assez naïvement représenté. C’est mon frère Julien et moi-même qui somme à l’origine de cette belle découverte faite dans la rue de la commanderie, proche de notre boulangerie familiale. Nous conservâmes pendant longtemps ce fabuleux vestige à notre domicile, avant d’en faire don à l’Office du Tourisme, que le présente aujourd’hui dans son musée situé au premier étage du donjon de Capdenac. Ce vestige fascina pendant longtemps toute ma famille, et il est donc logique que je tente de faire connaître le résultat de mes recherches, ainsi que mes conclusions, qui ne sont peut être pas définitives.
Le poisson représenté au fond de cette écuelle nous ramène obligatoirement au symbolisme sacré. En effet, il fut le symbole utilisé par les premiers chrétiens, comme signe de reconnaissance durant la persécution que leur firent subir les Romains.
En grec, le mot poisson se dit IXOYC (ICHTHYS). Disposé verticalement, ce mot formait un acrostiche (mot grec signifiant la première lettre de chaque ligne ou paragraphe). Le nom grec du poisson fut donc utilisé pour désigner les mots suivants : I : Iesous : Jésus  CH : Christos : Christ  TH : Theou : de dieu Y : Yios : le fils  S : Soter : le sauveur
Interprété comme acrostiche, ICHTHYS signifiait donc littéralement : « Jésus Christ, fils de Dieu, notre Sauveur ». Le simple symbole d’un poisson, représentait ainsi un véritable résumé de la foi chrétienne. On le retrouve sur de nombreux monuments funéraires des IV premiers siècles de notre ère, comme dans les catacombes à Rome. Les textes juifs, également annonçaient que le Messie viendrait de la mer sous la forme d’un poisson. La représentation des chrétiens, était donc la suite logique donnée aux écritures saintes.
C’est vers les IV-Vème siècles, que fut délaissé ce symbole. L’Eglise, qui possédait maintenant le pouvoir, préféra prendre comme nouveau symbole la « croix latine » comme signe et symbole de la chrétienté. L’Eglise fraîchement installée mena une lutte sans merci contre les anciennes croyances, la croix représentée la passion du Christ, c’était un objet unique, que le Messie lui-même avait transporté, alors que le poisson se rapportait aux forces naturelles, autorisant de multiples interprétations. De plus le poisson était utilisé comme symbole dans plusieurs religions antérieures au christianisme, en sanscrit, le dieu de l’amour se nommait « celui qui a le poisson pour symbole ». C’est donc l’Eglise elle-même qui préféra abandonner le symbole qui unifia pendant longtemps les premiers chrétiens, qui transportèrent leurs nouvelles idées au milieu de populations hostiles.
L’écuelle retrouvée à Capdenac date des environs des XII-XIIIème siècles, et à cette époque, un nouveau mouvement vit le jour, et se répandit particulièrement en Occitanie, dont Capdenac faisait partie, dépendant directement du comte de Toulouse. Les membres de ce mouvement, nous les appelons aujourd’hui Cathares. Leur façon de vivre et de pratiquer leur religion se rapprochait des premiers chrétiens, et se détachait de l’Eglise de leur temps, qu’ils disaient corrompus et avide de richesses et d’honneurs. Les Cathares furent persécutés comme les premiers chrétiens, mais eux le furent par d’autres chrétiens.
Ce symbole pourrait tout à fait avoir été remis au goût du jour par les cathares, ce symbole désignant les premiers chrétiens, les chrétiens purs, qui comme les Cathares, avaient abandonné toute possession de richesses matérielles. Les Cathares peuvent tout à fait être associés aux premiers chrétiens, et le symbole du poisson aussi.
René Nelli, répertoria les objets présumés remonter à l’époque Cathare. Ce rigoureux professeur Carcassonnais considéra comme probablement cathares les symboles religieux datés du XI-XII-XIIIème siècles et dont les exemplaires sont trouvés avec une fréquence notable sur les sites cathares.Or déjà deux poissons furent inventoriés, un à Ussat, et un autre gravé sur un galet à Fontvieille dans le Gard. Ce même auteur nous signale que le scribe du rituel Cathare dit de Lyon fait souvent figurer au bas des pages, l’emblème du poisson.
L’écuelle de Capdenac pourrait donc s’avérer comme avoir appartenu à la communauté Cathare, ce qui en ferait une découverte assez exceptionnelle. Il ne faut pas oublier que Simon de Montfort assiégea par deux fois la place de Capdenac durant sa croisade menée contre les hérétiques Cathares, et que Bertrand de la Vacalerie, qui ne fut rien d’autre que l’ingénieur en machine de guerre qui apporta son aide aux Cathares de Montségur, venait du lieu dit « la Vacalerie » de .Capdenac. A suivre.
Mathieu MARTY

La pierre martine

Ce dolmen, le plus visité et le plus monumental de tout le Quercy, est aussi le lieu d’une bien curieuse légende due à une particularité de la dalle supérieure.
En effet cette pierre, lourde de plusieurs tonnes, oscillait sur une simple pression de la main. Une sorte de balançoire, venue de la nuit des temps, mais qui n’a pas survécu à la brisure centrale de la dalle sous son propre poids. Ce qui a obligé les spécialistes à poser, sous les deux extrémités du dolmen, une borne en béton pour soutenir l’édifice. Et donc aujourd’hui, le dolmen ne branle plus, comme disaient joliment les textes d’antan.
Cette curiosité, qui en a intrigué plus d’un, a fini par donner lieu à une légende mettant en scène Saint Martin, l’évangélisateur des Gaules. Une légende qui remonte loin, puisque dès le 14e siècle le lieu-dit s’appelle déjà, en occitan, La Martina. Selon la tradition orale, Saint Martin traversait un jour le Causse quand on vint l’avertir qu’une pierre fort ancienne était devenue le lieu de rendez-vous de tous les diables de la contrée.
En effet cette pierre merveilleuse avait un pouvoir : elle montait et descendait comme une balançoire. Et les diables, quand ils avaient fait bonne provision d’âmes humaines venaient là, les nuits de clair de lune, mener sabbat sur la pierre, provoquant émoi et terreur dans toute la région. Saint Martin se rendit aussitôt sur place et dès qu’il aperçut, à la tombée de la nuit, les diables mener grand train sur la pierre merveilleuse, il pria Saint Eutrope, le patron des écluses, de verser sur ce lieu, des trombes d’eau bénite.
Un orage éclata et la pluie du Seigneur frappa la pierre sèche Causse. En un instant, tous les diables furent lavés et étrillés avant de disparaître, furieux, dans les entrailles de la terre. Ainsi naquit la légende de la Pierre Martine.

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